CARNAVAL DE DIPLOMATIE ROMANTIQUE

La Haye  2004 :

Carnaval de la diplomatie romantique

Nous aurons encore un peu de temps  pour réfléchir sur ce qui s’est passé le 16 et le 17 de décembre 2004 à La Haye. Mais pas beaucoup de temps, parce que  nous ne pouvons pas laisser le terrain ouvert à la Commission Européenne. Il est urgent de redonner à nos peuples le contrôle sur la politique européenne qui est pour nous politique intérieure et pas le privilège des présidents.

On comprend bien nos amis qui  au lendemain du Conseil de La Haye ont voulu laisser échapper un cri de cœur, un coup de colère. Nous avons préféré attendre quelques jours. Notre  réaction veut se situer entre coup de colère et recherche de pistes utiles. Recherche si possible incluant même pour un partenariat privilégié les amis que nous avons en Turquie. Monsieur Erdogan n’occupe pas tout le terrain.

Qu’est-ce que c’était donc ce Conseil de La Haye de la fin d’année 2004 ?

Un carnaval  de la diplomatie romantique …..

Les réalités de nos peuples européens n’ont pas compté dans les décisions du 17 décembre. On a voulu surtout ménager les sensibilités du gouvernement actuel turc. Ce fut aussi une manifestation d’amour au genre humain, un effort d’établir un contact culturel à un niveau mondial, une volonté de faire preuve de bonne volonté et jeter un pont au monde islamique. On voulait apporter aussi une compensation pour les expressions de vocation européenne de la part des autorités turques.

Mais sur notre vocation à nous, nous autres européens on n’a pas entendu grand’ chose. Le fait que la Turquie après 40 ans se trouve déjà fortement développé, dans une position diplomatique de force et maintient un programme d’activités de grande envergure comprenant entre autre l’Asie Centrale semble échappe totalement à nos négociateurs européens. La Turquie n’a pas besoin d’être « ancrée » comme disent les chefs de gouvernement. Et pourquoi nous devrions alors l’ancrer ?  Dire que l’on veut « ancrer » la Turquie  est assez patronisant de la part des dirigeants européens.

Ataturk dans son temps pouvait bien dire que  modernisation  équivaut  européanisation, équivaut entrée dans l’Union Européenne, mais aujourd’hui cette équivalence n’est plus valable ni nécessaire. Une nation peut très bien devenir moderne sans devenir européenne. Quand aurons-nous un peu de respect pour la vraie identité et culture turque ? Et pour ses intérêts à long terme ?  La réalité n’a pas compté à Bruxelles. Ce fut un éclatement de sentiments romantiques. Le Ministère des Affaires Etrangers à la Haye s’est félicité avec ce « Big Bang », Pauvre big bang!

Spectacle de  diplomatie gesticulaire……

On a voulu l’ouverture à la Turquie comme un geste nécessaire pour montrer quelque chose. Vouloir faire un geste est déjà faux. On ne doit jamais faire des choses simplement pour montrer, mais pour achever un but précis. On voulait montrer  que l’Europe n’est pas du tout contre le monde islamique. En ce faisant on néglige le fait que grand part du monde arabe (colonisé autrefois par la Turquie, qui s’allie aujourd’hui avec Israël) ne voit pas nécessairement la Turquie comme son représentant.

Faire de tels gestes est dangereux  pour notre continent. Il sera déjà suffisant si entre nous et l’Islam nous pouvons  établir une distance respectueuse. Cela suffira amplement et nous n’avons pas besoin de gestes spectaculaires.

Adultère des chefs de gouvernement ……

On a entendu beaucoup parler par nos dirigeants (Chirac e.a) d’un mariage entre l’Europe et la Turquie. Nos dirigeants avaient oublié qu’ils étaient déjà mariés avec nos peuples d’Europe. Grave adultère

..qui ont excédé leurs pouvoirs….

Il est inouï et faux que nos dirigeants considèrent l’admission d’un pays comme membre de l’Union Européenne, et surtout celle  d’un état de la grandeur démographique de la Turquie comme un sujet  de politiqueétrangère.

C’est plutôt un sujet de nature intérieure. Si la constitution Française donne tel pouvoir à Monsieur Chirac, c’est déjà excessif pour la France et d’autant plus pour les autres pays de l’Union Européenne. L’Europe ne devra jamais prendre cette particularité française comme exemple. L’accession turque aurait une fonction déstabilisatrice sur la cohésion sociale e politique dans l’Union Européenne.

Les dirigeants européens ne devraient pas se laisser entraîner par les sirènes de la géopolitique, même s’il s’agit d’une géopolitique spirituelle comme on a voulu pratiquer à Bruxelles. Ils doivent prendre les affaires intérieures de l’Europe comme leur préoccupation primordiale. Aucun besoin de poursuivre une « Europe Puissance ». Même pour une poursuite  d’une Europe Puissance l’accession de la Turquie serait un moyen inadapté parce que l’addition de la Turquie serait un gain en espace géographique mais un affaiblissement de force politique et perte de cohésion intern e.

Suite à une préparation insuffisante, un travail mal fait en hâte…..

On sait bien que beaucoup de partis politiques même au jour de 2004 se sont laisser prendre a l’imprévu. Beaucoup de partis ont établi des groupes de travail sur la Turquie très récemment, à leur grande culpabilité. Seuls les allemands se sont montrés pendant au moins 20 ans vigilants comme la Konrad Adenauer Stiftung et la Hanns Seidel Stiftung. Les autres européen se sont montres irresponsables. On a cherché en hâte a faire voyager des dirigeants en Turquie (comme M.Eurlings du Parlement Européen) Ils ont a la dernière minute fait quelques contacts. En tout cas ils n’ont pas rencontrés les cercles de la société et du monde des affaires en Turquie qui sont CONTRAIRE  à l’accession.  Dans la pénurie d’expertise les Pays Bas ont eu recouse a un ancien ambassadeur a Ankara. Mais était-ce un gain ? Il s’est montré excessivement en faveur de la Turquie comme il succès souvent avec les diplomates qui ont été longtemps en Turquie.

à Bruxelles on capitulait avec insouciance ……….

Dans le cours de la session du Conseil de Bruxelles  il y a eu plusieurs moments où le Premier Ministre Turc Erdogan a clairement imposé sa volonté à l’ensemble des ministres européens. Même faisant la décote nécessaire des expressions excessives dans les media américains et turcs, l’impression de Erdogan comme un « conquéreur de l’Europe » re ste…

..avec détournement de la question principale…

La question principale devrait toujours être la suivante  « pour quelle raison d’utilité de l’Union Européenne devrait on inviter la Turquie ? »   Donc : « Pourquoi la Turquie ? »

Cette question n’a jamais eu la moindre réponse convaincante. Pour cette raison les turcs et leurs allies (allies au moins dans une destruction objective de nos institutions) on détourné la question dans une question totalement différente :

« La Turquie, pourquoi pas ? » Alors la charge des preuves retombe sur nous.

Résumons le moment actuel :

La Haye décembre 2004 compte parmi les sessions du Conseil comme celui de Copenhague (ou on a établi les « critères » qui – bien sur- en partie peuvent être nécessaires , mais qui ne sont pas du tout suffisants pour la défense de notre futur commun) et celui de Helsinki.

En somme les déclarations du 17 décembre sont de nouveau rien de plus que des déclarations d’intention politique de chefs de gouvernement qui ont excédé leurs pouvoirs et qui ne peuvent pas lier nos peuples.

La Turquie devrait se tenir avertie. Même si les négociations devaient commencer le 3 octobre, rien n’est promis validement. Les peuples se sentent libres de refuser leur accord pas seulement à un résultat intérimaire ou final, mais même à la procédure.

De la partie européenne quelques courts-circuits ont été établis pour une semblance. Mais les mains de Monsieur Chirac semblent  déjà s’approcher de ces courts-circuits pour les démonter.

Les échos de presse ont bien exagéré l’importance du 17 décembre (par exemple les journaux américains et turcs qui voient déjà les frontières de l’Europe replacées)  et cela pourrait nous conforter. Mais même les échos exagérés peuvent nous nuire et ils rendent notre tache de correction  plus difficile.

Nos peuples doivent donc être très vigilants et ils doivent surtout mettre en place des mesures pour observer et surveiller les procédures de la Commission auxquelles on ne peut pas avoir beaucoup de confiance.

De tels instruments de surveillance n’existent pas encore, Il faut les trouver urgemment.

….et cherchons des pistes possibles :

ü       Faire un travail de surveillance dans les partis politiques comme Madame Christine Boutin a suggéré pour la UMP le 13 decembre 2004.

ü       Ceci pourra être renforcé si Monsieur Edouard Balladur réussira à voir adopté sa proposition  de loi constitutionnelle  qui vise à renforcer  les pouvoirs de contrôle  du Parlement en matière européenne (aussi en matière d’ouverture de négociations d’adhésion à l’Union Européenne avec un Etat)

ü       Est-ce que  d’autres pays d’Europe feront une œuvre similaire ? Comment pourrions nous stimuler tel travail ?

ü       Est-ce que entre les parlements de pays membres de l’UE il peut y avoir une coopération sur ce thème des négociations avec des pays tiers ?

ü       Est-ce que nous pouvons oublier dans cette matière le Parlement Européen ? Dans la question turque il s’est montré faible et bien au-dessous de ce qu’il faut. On n’a pas vu beaucoup de courage dans cette enceinte.

ü       Devrait-on  plutôt  penser à des associations non-parlementaires ?  A quelles associations ou fora on pourrait penser alors ? Peut-être l’ Union Paneuropéenne (avec toute l’autorité d’un Otto von Habsbourg) ?  D’autres associations ou forums pourraient-elles aider ?

ü       Est-ce que des referendums rapprochés en Autriche au Danemark  pourraient raccourcir la procédure et rendre toute la suite de négociations avec la Turquie inutile ? Au moins cela ouvrirait une piste pour considérer un partenariat privilégié.

ü       Quel lien pourrait ou devrait exister entre un referendum sur la Turquie et un referendum sur la Constitution ? Un lien de vote « par dépit » reste  circonstanciel et extérieur. Mais n’excluons pas qu’il pourrait y avoir un lien intrinsèque. Si la constitution alourdit le poids de la démographie dans les décisions de l’Union, ceux qui refusent la Turquie trouveront aussi des raisons à rejeter la Constitution.

Nous serions heureux si nos lecteurs voyaient la possibilité de nous faire part de leurs vues. Nous serions disponibles à une exploration commune très ouverte.

Anton Smitsendonk

Gérard Hannezo     Paris  7 janvier 2005

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About dutasia

Former Ambassador of the Netherlands, presently National Commissioner for Thailand and for Indonesia in the ICC, the International Chamber of Commerce, the World Business Organization. Chairman of China Carbon Forum in Beijing, China.
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